Anne-Catherine Becker-Echivard
Photographe Plasticienne - Mise en scène photographique
"LES TEMPS MODERNES"
written by Gaya Goldcymer, critique et théoricienne d'art
Les bestiaires d'artistes font partie d'une grande tradition en peinture, qui remonte au Moyen Âge et bien au-delà, jusqu'à la Préhistoire. Ils font partie de l'inconscient collectif de l'humanité et donc incroyablement présents dans les livres d'enfants, dans les fables, qu'elles soient de la Fontaine ou d'Escope, dans les contes de Charles Perrault et les histoires de Lewis Carroll. En créant un univers où de vrais poissons morts tiennent le rôle d'hybrides humanoïdes, Becker-Echivard s'inscrit délibérément dans une lignée prestigieuse et mise à l'absurde et le dérisoire de l'humaine comédie. Les acteurs de cette scénographie sont donc les poissonss qu'elle prépare, qu'elle habille et qu'elle positionne dans des dispositifs qu'elle photographie. En critique de la déshumanisation liée au travail à la chaîne et à la consommation de masse.

Anne-Catherine Becker-Echivard
Photographe Plasticienne - Mise en scène photographique
"LES TEMPS MODERNES"
written by Marc Restellini, Historien d'Art, Directeur de la Pinacothèque de Paris
Anne-Catherine Becker-Echivard (acbe) est une artiste dans la lignée directe des auteurs de contes moraux ou des fables du 18ème siècle. Comme le fit La Fontaine en son temps, elle recrée le monde selon un univers
qui lui est propre. Elle crée des maquettes où les personnages sont
des poissons habillés de costumes de sa fabrication dans un décor
qu’elle réalise elle même. Puis grâce à la photographie, elle en fait
un monde onirique, à la fois drôle et angoissant, restituant les
défauts ou l’absurdité de notre société de consommation.

La question que tout le monde se pose : pourquoi le monde du
poisson ? Pourquoi plus le poisson qu’un autre animal ?
Ses mises en scènes de poissons séduisent, fascinent, envoûtent et
parlent immédiatement et directement à tout le monde. Cela vient-il
du fait que l’homme est issu du poisson ? Cela crée-t-il cette
proximité et ce sentiment à la fois symbolique et rassurant tout en
étant extrêmement étrange ?

Pour ce travail traditionnel long et méticuleux, elle s’inspire de
ses références littéraires ou cinématographiques pour refaire son
univers. Dans un monde fantasmagorique entièrement reconstitué dans
des décors faits à la main, parfois pendant plusieurs mois elle met
en scène ses poissons morts auxquels elle donne une seconde vie mais
également des expressions.
Marc Restellini
Pinacothèque de Paris, 17 juillet 2007

Anne-Catherine Becker-Echivard
Photographe Plasticienne - Mise en scène photographique
"LES TEMPS MODERNES"
written by B. Delarue 2003
Dans l’oeuvre d’Anne-Catherine Becker-Echivard, le poisson cache l’humanité au même titre que l’arbre la forêt. Le choix du poisson n’est pas un hasard. Animal sans poils, il n’a rien qui nous ressemble et sa mort nous est d’autant plus étrangère. Voilà un animal pour lequel nous ne pouvons avoir d’attachement pour la simple raison que son milieu naturel est différent du nôtre. Quand on se croise, l’un est mort, l’autre vivant et souvent en pleine digestion.

Anne-Catherine utilise la mort du poisson pour rendre vivante l’humanité en un jeu de rôle inhabituel mais avec le vieux principe de la fable. Car il y à dans cette œuvre autant de La Fontaine que de Granville, l’humour en plus.

La vérité est dans le goût de la mise en scène. Dans ce théâtre intime, l’artiste est tout à la fois auteur, metteur en scène, acteur, costumier, décorateur et photographe de plateau. En réalité il est le maître absolu de son univers et, comme tel, en subit toutes les joies mais aussi tous les avatars. Libre et solitaire il se prend, en quelque sorte, toute l’humanité sur la gueule. Je veux dire par là que rien ici n’est gratuit, ni l’humour, ni la dérision, ni la manie du détail, ni l’ombre de Bukowski.

Rendre vie (apanage des Dieux) implique une perception aiguë des choses, un regard perçant de chouette diurne mais aussi de l’humilité quand il s’agit de comprendre tous ces petits riens qui sont nos grandes manies. Ce que nous disent ces photos est que le tout est d’abord une accumulation de détails. Comme si la vie commençait par une somme d’attentions, par des croisements de regards, par quelques bras tendus.

Sourire devant une œuvre est déjà l’accepter. À ce piège, nous sommes les victimes consentantes. Ici la délectation passe avant la raison.

Anne-Catherine a beau se cacher derrière le poisson et le poisson, pauvre bougre, se cacher sous son bonnet, elle est mise à nu dans son propre filet, piégée comme ces ouvrières dans “Les Temps Modernes” qui enferment leur propre image dans du papier d’aluminium pour mieux s’offrir à la consommation.

Anne-Catherine Becker-Echivard
Photographe Plasticienne - Mise en scène photographique
"LES TEMPS MODERNES"
written by etc_stream
Entre Lafontaine et Walt Disney, Chaplin et Henson, “Les Temps Modernes” de Anne-Catherine Becker-Echivard livrent une critique sociétale à la fois tendre et piquante. Cette photographe française, née à Paris en 1971, utilise en effet des poissons morts pour créer des scènes et des fragments de vie. Habillés, disposés, éclairés, ces mannequins improbables lui permettent un double ton puisque, d’un côté, Anne-Catherine Becker-Echivard met en lumière tout l’absurde et le tragique de l’existence contemporaine, et d’un autre, elle force le détachement du spectateur en utilisant un animal auquel personne ne s’associera et pour lequel nous n’avons aucune pitié ou empathie. S’érige alors un univers pop et léger, par le traitement chromatique, mais acerbe par le regard porté sur l’objet de la représentation.

Anne-Catherine Becker-Echivard
Photographe Plasticienne - Mise en scène photographique
"LES TEMPS MODERNES"
written by Christophe Entours
Dans des décors très soignés, l’artiste crée un univers étrange, onirique dans lequel se mêle humour noir et satire terrible afin de mieux montrer les aspects déraisonnables de notre société.

Dans son œuvre intitulée « Les temps modernes » on voit des poissons costumés en humains, toujours en action et souvent au travail pour produire, dans des sortes de chaînes d’industries agroalimentaires ou pharmaceutiques, des quantités de « trucs » qui nous perdront (jouets, préservatifs aromatisés, saucisses industrielles, pilules, armes...).

Au premier abord, photographier des poissons permet de mettre en évidence d’apparentes oppositions : des êtres aquatiques jouant le rôle des terriens, des yeux étrangement fixes et pourtant si expressifs, sans compter le profil du maquereau finalement si humain… Ici les sardines sont bien mortes mais pas crevées, car elles sont propres et brillantes. On pourrait même dire que dans les photographies d’ACBE, les truites apparaissent vivantes, animées de manière impressionnante, traduisant tantôt la dispute, la colère, l’étonnement, l’écoeurement ou encore la surprise. Car ce n’est pas seulement le profil grotesque du poisson lui-même qui crée leur drôle d’expression, mais la posture et la gestuelle de ces marionnettes ainsi mises en scènes.

Alors, le poisson mort nous apparaît effectivement comme un moyen artistique efficace pour montrer au spectateur la tragédie de notre monde bourré de contradictions.

A travers le regard des petits poissons tués d’ACBE, c’est l’humain fossoyeur de lui-même que nous contemplons.

Et, pauvre de nous ! ça nous fait sourire. Même si l’on considère le poisson comme un animal vivant dans l’eau qui est un des éléments à l’origine de notre propre existence, ou bien comme un animal intégré dans la mondialisation, ou même comme matière première de l’industrie alimentaire, ou encore comme un être vivant victime de la surpêche !

Plus qu’aucun autre animal, les poissons d’Anne-Catherine Becker-Echivard fascinent par leur expressivité surnaturelle. Tout se passe comme si leur mort ne nous apparaissait plus, pas plus que la nôtre - qui nous guette pourtant- dans le monde actuel qui nous endort et nous empoisonne.

Anne-Catherine Becker-Echivard
Visite d'atelier : la photographe Anne-Catherine Becker-Echivard
Metropolis, 14 décembre 2013 à 14h35

Des cabillauds, des maquereaux ou des mulets en train de travailler à la chaîne, de discuter dans un salon, habillés comme vous et moi. Les protagonistes de la photographe Anne-Catherine Becker-Echivard sont certes périssables, mais ô combien humains. L'artiste franco-allemande de 42 ans met en scène des poissons trouvés au marché des grossistes. Elle donne naissance à d'étranges panoramas renvoyant au quotidien humain et à sa confusion. Représentations d'une étreinte rapide sur le capot d'une voiture, de la sainte Cène ou d'un dernier verre au bar, avec toujours, des têtes de poissons sur des corps humains. Depuis plus de dix ans, Anne-Catherine Becker-Echivard crée un univers anthropomorphe avec des animaux morts. Il lui faut plusieurs mois pour concevoir et réaliser ses scènes qui s'apparentent quelque peu à des peep-shows. Car dans ses créations, rien n'est laissé au hasard, le moindre détail est le fruit d'une démarche mûrement réfléchie. Anne-Catherine Becker-Echivard se présente comme " photographe plasticienne ". Elle est née à Paris en 1971 et a grandi à Berlin. Après avoir abandonné des études de droit et de géographie à l'Université Humboldt, elle est retournée en France pour se tourner vers la photographie. Depuis 2009, elle vit et travaille à nouveau à Berlin.

Metropolis a suivi Anne-Catherine Becker-Echivard lors de la réalisation d'une de ses dernières œuvres. Ironie du sort, il s'agit d'une scène dans une fabrique de sardines. Les poissons sont évidemment photographiés le vendredi, jour où le marché est le mieux approvisionné. Et si les protagonistes ne se gâtent pas durant les prises de vue, ils ont toutes les chances d'atterrir ensuite dans le ventre de l'artiste et de ses assistants !

Anne-Catherine Becker-Echivard
Photographe Plasticienne - Mise en scène photographique
"LES TEMPS MODERNES"
written by Dr. Rouzeyrol
Les poissons d’acbe ne regardent pas la terre.
Ils y jouent. Ils jouent. Ils jouent de nous.
Ils nous mettent en pièces.
Pièces en un acte, en une photographie.
Pièce de boulevard. Mais les boulevards qu’acbe emprunte ne sont pas toujours de comédie.
Les vies s’y croisent, se regardent, se cherchent et se perdent parfois.
Pièce de monnaie. Aussi dérisoire qu’un euro au fond de notre poche mais qui peut offrir un café qui réchauffe.
Pièce montée dans un mariage étrange, celui du burlesque et de la profondeur quand un poisson fait du roller.
Pièce de boucherie lorsqu’un alcoolique solitaire saigne sa vie devant nous.
Pièce d’artillerie lorsqu’acbe dénonce l’usine, le quotidien.
Mais elle ne dénonce pas.
Justement elle ne dénonce pas.
Ses poissons montrent, illustrent, proposent, ouvrent.

Les poissons d’acbe jouent avec distance, retenue, froideur.
Pour nous laisser de la place, notre place.
A nous d’imaginer les dialogues, ou de préférer des silences.
A nous de rêver un avant, de craindre un après.
A nous de regarder en souriant dans ces photographies, miroirs déformés, décalés.
Se décaler pour mieux voir c’est ce que réussit magnifiquement acbe.
Mieux voir les sentiments, les sensations ou quelque fois plus douloureusement leur absence.
Certaines images montrent la souffrance, la solitude. Mais cherchez le détail, ce brin d’ironie qui… extremis détourne du désespoir.

Le romantisme allemand sauvé par la légèreté française.
Parfois l’innocence.
Parfois l’ivresse.
Les images drôles, ne sont jamais que drôles.
Les images tristes, ne sont jamais que tristes.
Il y a toujours autre chose.

acbe dirige ce théâtre qu’elle à construit, du scénario aux éclairages, habilleuse, décoratrice, elle nous met en scène et sa fantaisie, sa sincérité, son amour frappant les trois coups.

Le rideau s’ouvre.
Sur autre chose.

Anne-Catherine Becker-Echivard
Photographe Plasticienne - Mise en scène photographique
"LES TEMPS MODERNES"
written by Gaya Goldcymer, critique et théoricienne d'art
Les bestiaires d'artistes font partie d'une grande tradition en peinture, qui remonte au Moyen Âge et bien au-delà, jusqu'à la Préhistoire. Ils font partie de l'inconscient collectif de l'humanité et donc incroyablement présents dans les livres d'enfants, dans les fables, qu'elles soient de la Fontaine ou d'Escope, dans les contes de Charles Perrault et les histoires de Lewis Carroll. En créant un univers où de vrais poissons morts tiennent le rôle d'hybrides humanoïdes, Becker-Echivard s'inscrit délibérément dans une lignée prestigieuse et mise à l'absurde et le dérisoire de l'humaine comédie. Les acteurs de cette scénographie sont donc les poissonss qu'elle prépare, qu'elle habille et qu'elle positionne dans des dispositifs qu'elle photographie. En critique de la déshumanisation liée au travail à la chaîne et à la consommation de masse.

Anne-Catherine Becker-Echivard
Photographe Plasticienne - Mise en scène photographique
"LES TEMPS MODERNES"
written by Marc Restellini, Historien d'Art, Directeur de la Pinacothèque de Paris
Anne-Catherine Becker-Echivard (acbe) est une artiste dans la lignée directe des auteurs de contes moraux ou des fables du 18ème siècle. Comme le fit La Fontaine en son temps, elle recrée le monde selon un univers
qui lui est propre. Elle crée des maquettes où les personnages sont
des poissons habillés de costumes de sa fabrication dans un décor
qu’elle réalise elle même. Puis grâce à la photographie, elle en fait
un monde onirique, à la fois drôle et angoissant, restituant les
défauts ou l’absurdité de notre société de consommation.

La question que tout le monde se pose : pourquoi le monde du
poisson ? Pourquoi plus le poisson qu’un autre animal ?
Ses mises en scènes de poissons séduisent, fascinent, envoûtent et
parlent immédiatement et directement à tout le monde. Cela vient-il
du fait que l’homme est issu du poisson ? Cela crée-t-il cette
proximité et ce sentiment à la fois symbolique et rassurant tout en
étant extrêmement étrange ?

Pour ce travail traditionnel long et méticuleux, elle s’inspire de
ses références littéraires ou cinématographiques pour refaire son
univers. Dans un monde fantasmagorique entièrement reconstitué dans
des décors faits à la main, parfois pendant plusieurs mois elle met
en scène ses poissons morts auxquels elle donne une seconde vie mais
également des expressions.
Marc Restellini
Pinacothèque de Paris, 17 juillet 2007

Anne-Catherine Becker-Echivard
Photographe Plasticienne - Mise en scène photographique
"LES TEMPS MODERNES"
written by B. Delarue 2003
Dans l’oeuvre d’Anne-Catherine Becker-Echivard, le poisson cache l’humanité au même titre que l’arbre la forêt. Le choix du poisson n’est pas un hasard. Animal sans poils, il n’a rien qui nous ressemble et sa mort nous est d’autant plus étrangère. Voilà un animal pour lequel nous ne pouvons avoir d’attachement pour la simple raison que son milieu naturel est différent du nôtre. Quand on se croise, l’un est mort, l’autre vivant et souvent en pleine digestion.

Anne-Catherine utilise la mort du poisson pour rendre vivante l’humanité en un jeu de rôle inhabituel mais avec le vieux principe de la fable. Car il y à dans cette œuvre autant de La Fontaine que de Granville, l’humour en plus.

La vérité est dans le goût de la mise en scène. Dans ce théâtre intime, l’artiste est tout à la fois auteur, metteur en scène, acteur, costumier, décorateur et photographe de plateau. En réalité il est le maître absolu de son univers et, comme tel, en subit toutes les joies mais aussi tous les avatars. Libre et solitaire il se prend, en quelque sorte, toute l’humanité sur la gueule. Je veux dire par là que rien ici n’est gratuit, ni l’humour, ni la dérision, ni la manie du détail, ni l’ombre de Bukowski.

Rendre vie (apanage des Dieux) implique une perception aiguë des choses, un regard perçant de chouette diurne mais aussi de l’humilité quand il s’agit de comprendre tous ces petits riens qui sont nos grandes manies. Ce que nous disent ces photos est que le tout est d’abord une accumulation de détails. Comme si la vie commençait par une somme d’attentions, par des croisements de regards, par quelques bras tendus.

Sourire devant une œuvre est déjà l’accepter. À ce piège, nous sommes les victimes consentantes. Ici la délectation passe avant la raison.

Anne-Catherine a beau se cacher derrière le poisson et le poisson, pauvre bougre, se cacher sous son bonnet, elle est mise à nu dans son propre filet, piégée comme ces ouvrières dans “Les Temps Modernes” qui enferment leur propre image dans du papier d’aluminium pour mieux s’offrir à la consommation.

Anne-Catherine Becker-Echivard
Photographe Plasticienne - Mise en scène photographique
"LES TEMPS MODERNES"
written by etc_stream
Entre Lafontaine et Walt Disney, Chaplin et Henson, “Les Temps Modernes” de Anne-Catherine Becker-Echivard livrent une critique sociétale à la fois tendre et piquante. Cette photographe française, née à Paris en 1971, utilise en effet des poissons morts pour créer des scènes et des fragments de vie. Habillés, disposés, éclairés, ces mannequins improbables lui permettent un double ton puisque, d’un côté, Anne-Catherine Becker-Echivard met en lumière tout l’absurde et le tragique de l’existence contemporaine, et d’un autre, elle force le détachement du spectateur en utilisant un animal auquel personne ne s’associera et pour lequel nous n’avons aucune pitié ou empathie. S’érige alors un univers pop et léger, par le traitement chromatique, mais acerbe par le regard porté sur l’objet de la représentation.

Anne-Catherine Becker-Echivard
Photographe Plasticienne - Mise en scène photographique
"LES TEMPS MODERNES"
written by Christophe Entours
Dans des décors très soignés, l’artiste crée un univers étrange, onirique dans lequel se mêle humour noir et satire terrible afin de mieux montrer les aspects déraisonnables de notre société.

Dans son œuvre intitulée « Les temps modernes » on voit des poissons costumés en humains, toujours en action et souvent au travail pour produire, dans des sortes de chaînes d’industries agroalimentaires ou pharmaceutiques, des quantités de « trucs » qui nous perdront (jouets, préservatifs aromatisés, saucisses industrielles, pilules, armes...).

Au premier abord, photographier des poissons permet de mettre en évidence d’apparentes oppositions : des êtres aquatiques jouant le rôle des terriens, des yeux étrangement fixes et pourtant si expressifs, sans compter le profil du maquereau finalement si humain… Ici les sardines sont bien mortes mais pas crevées, car elles sont propres et brillantes. On pourrait même dire que dans les photographies d’ACBE, les truites apparaissent vivantes, animées de manière impressionnante, traduisant tantôt la dispute, la colère, l’étonnement, l’écoeurement ou encore la surprise. Car ce n’est pas seulement le profil grotesque du poisson lui-même qui crée leur drôle d’expression, mais la posture et la gestuelle de ces marionnettes ainsi mises en scènes.

Alors, le poisson mort nous apparaît effectivement comme un moyen artistique efficace pour montrer au spectateur la tragédie de notre monde bourré de contradictions.

A travers le regard des petits poissons tués d’ACBE, c’est l’humain fossoyeur de lui-même que nous contemplons.

Et, pauvre de nous ! ça nous fait sourire. Même si l’on considère le poisson comme un animal vivant dans l’eau qui est un des éléments à l’origine de notre propre existence, ou bien comme un animal intégré dans la mondialisation, ou même comme matière première de l’industrie alimentaire, ou encore comme un être vivant victime de la surpêche !

Plus qu’aucun autre animal, les poissons d’Anne-Catherine Becker-Echivard fascinent par leur expressivité surnaturelle. Tout se passe comme si leur mort ne nous apparaissait plus, pas plus que la nôtre - qui nous guette pourtant- dans le monde actuel qui nous endort et nous empoisonne.

Anne-Catherine Becker-Echivard
Visite d'atelier : la photographe Anne-Catherine Becker-Echivard
Metropolis, 14 décembre 2013 à 14h35

Des cabillauds, des maquereaux ou des mulets en train de travailler à la chaîne, de discuter dans un salon, habillés comme vous et moi. Les protagonistes de la photographe Anne-Catherine Becker-Echivard sont certes périssables, mais ô combien humains. L'artiste franco-allemande de 42 ans met en scène des poissons trouvés au marché des grossistes. Elle donne naissance à d'étranges panoramas renvoyant au quotidien humain et à sa confusion. Représentations d'une étreinte rapide sur le capot d'une voiture, de la sainte Cène ou d'un dernier verre au bar, avec toujours, des têtes de poissons sur des corps humains. Depuis plus de dix ans, Anne-Catherine Becker-Echivard crée un univers anthropomorphe avec des animaux morts. Il lui faut plusieurs mois pour concevoir et réaliser ses scènes qui s'apparentent quelque peu à des peep-shows. Car dans ses créations, rien n'est laissé au hasard, le moindre détail est le fruit d'une démarche mûrement réfléchie. Anne-Catherine Becker-Echivard se présente comme " photographe plasticienne ". Elle est née à Paris en 1971 et a grandi à Berlin. Après avoir abandonné des études de droit et de géographie à l'Université Humboldt, elle est retournée en France pour se tourner vers la photographie. Depuis 2009, elle vit et travaille à nouveau à Berlin.

Metropolis a suivi Anne-Catherine Becker-Echivard lors de la réalisation d'une de ses dernières œuvres. Ironie du sort, il s'agit d'une scène dans une fabrique de sardines. Les poissons sont évidemment photographiés le vendredi, jour où le marché est le mieux approvisionné. Et si les protagonistes ne se gâtent pas durant les prises de vue, ils ont toutes les chances d'atterrir ensuite dans le ventre de l'artiste et de ses assistants !

Anne-Catherine Becker-Echivard
Photographe Plasticienne - Mise en scène photographique
"LES TEMPS MODERNES"
written by Dr. Rouzeyrol
Les poissons d’acbe ne regardent pas la terre.
Ils y jouent. Ils jouent. Ils jouent de nous.
Ils nous mettent en pièces.
Pièces en un acte, en une photographie.
Pièce de boulevard. Mais les boulevards qu’acbe emprunte ne sont pas toujours de comédie.
Les vies s’y croisent, se regardent, se cherchent et se perdent parfois.
Pièce de monnaie. Aussi dérisoire qu’un euro au fond de notre poche mais qui peut offrir un café qui réchauffe.
Pièce montée dans un mariage étrange, celui du burlesque et de la profondeur quand un poisson fait du roller.
Pièce de boucherie lorsqu’un alcoolique solitaire saigne sa vie devant nous.
Pièce d’artillerie lorsqu’acbe dénonce l’usine, le quotidien.
Mais elle ne dénonce pas.
Justement elle ne dénonce pas.
Ses poissons montrent, illustrent, proposent, ouvrent.

Les poissons d’acbe jouent avec distance, retenue, froideur.
Pour nous laisser de la place, notre place.
A nous d’imaginer les dialogues, ou de préférer des silences.
A nous de rêver un avant, de craindre un après.
A nous de regarder en souriant dans ces photographies, miroirs déformés, décalés.
Se décaler pour mieux voir c’est ce que réussit magnifiquement acbe.
Mieux voir les sentiments, les sensations ou quelque fois plus douloureusement leur absence.
Certaines images montrent la souffrance, la solitude. Mais cherchez le détail, ce brin d’ironie qui… extremis détourne du désespoir.

Le romantisme allemand sauvé par la légèreté française.
Parfois l’innocence.
Parfois l’ivresse.
Les images drôles, ne sont jamais que drôles.
Les images tristes, ne sont jamais que tristes.
Il y a toujours autre chose.

acbe dirige ce théâtre qu’elle à construit, du scénario aux éclairages, habilleuse, décoratrice, elle nous met en scène et sa fantaisie, sa sincérité, son amour frappant les trois coups.

Le rideau s’ouvre.
Sur autre chose.